(Mise à jour du
28/08/11
)
Thibaut BINARD (29/11/1980 - 16/09/2005) 
Voici la structure du site
Textes lus lors des funérailles de Thibaut
Dernier adieu
Chant final « La Quête » de Jacques Brel
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C'est le premier jour de son grand voyage,
Il ouvre les yeux dans un autre univers,
Il a fait le tour de tous nos mirages,
Il voit bien mieux le monde à l'envers,
Il a perdu corps, c'est pour prendre espace
Il a trouvé mort mais vit Dieu sait où,
Adieu faux décors, l'esprit cherche place
Dans le désaccord de ce qui fut nous.
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Toute histoire d'amour est histoire de découpage. Les ciseaux crochètent l'air et taillent le cylindre brut. On pose ses crampons aux endroits les plus propices, ce qui ne veut pas dire n'importe quel endroit, et les burins travaillent pour affûter la pente : passer avec un lasso les épines rocheuses peut se révéler un exercice amusant, ne pas négliger le paramètre de l'incertitude, quelques anfractuosités inexplorées sont requises. Par contre, des câbles doivent se tendre fermement et joindre des repères renforcés en acier, pas de mou, pas de mou, que les choses soient claires : l'échafaudage se doit d'être soutenu par des filins inébranlables. A côté de cet impératif, le matériau de certaines régions se révélera peut-être trop résistant ; ne vous obstinez pas à frapper sans relâche, rayer la dimension spatiale de votre esprit vous rendrait fou et faire semblant d'oublier ces zones d'ombres ne ferait que reporter le problème, songez plutôt à peindre, enduisez la surface récalcitrante d'azur ou de turquoise, une couleur qui fait du bien, la turquoise, et ainsi, camouflez, recouvrez, mimez, votre futur n'y verra que du feu. Les ailes de la cocotte en papier tremblent déjà imperceptiblement. Une vie avec des surprises et de l'humour est une vie réussie : ne manquez pas de disperser sur votre structure volumineuse quelques peaux de bananes, coussins qui font péter et autres ustensiles marrants, à nouveau des bons points de pris pour le futur idyllique vers lequel vous voguerez sur un radeau conjugal porté par la brise des meilleures dispositions. |
Texte de Gabriel Ringlet, (Extrait d'«Un peu de mort sur le visage ») lu par Olivier Ykman
Aimez-vous. Aimez-moi.
Si vous m'aimez, laissez moi m'échapper.
Si vous aimez vos proches, laissez les s'écarter.
Si vous aimez vos petits, laissez les s'élever.
Si vous aimez vos défunts, laissez les s'en aller.
Aimez vous.
L'éloignement n'empêche pas la proximité.
L'absence ne supprime pas la présence.
L'écart n'interdit pas l'alliance.
La solitude ne rejette pas la solidarité.
Aimez vous.
Le silence n'interrompt pas la parole.
L'ombre n'éteint pas la lumière.
Aimez vous les uns les autres.
Allégez vous les uns les autres.
Inventez vous les uns les autres.
Elevez vous. Grandissez vous.
Aimez vous, c'est tout neuf.
Aimez vous, et vous donnerez du fruit.
Aimez vous, et vous goûterez la paix.
Aimez vous, et vous mourrez la mort.
Aimez vous, et vous vivrez la vie.
Aimez vous,
Et ma joie viendra vous caresser.
Et cette joie, je vous le dis,
Personne ne pourra vous l'ôter.
Malheureusement, Eric n'a pas de texte, il avait quelques notes et puis il a laissé parler son émotion ...
Thibaut, nous t'avons connu adolescent joyeux, mais se posant beaucoup de questions, tu n'as pas voulu suivre la voie facile, tu attendais peut-être trop de la vie…
Maintenant, tu as rejoins le Christ dans sa solitude et son agonie, mais aussi dans la puissance de sa résurrection.
Prions pour les angoisses, les doutes et jusqu'à nos remords viennent s'abîmer dans la prodigieuse compassion de « Dieu Amour » !
Tout ce que je vais dire j'aurais voulu te le dire. Ça fait trop longtemps et je ne t'ai jamais dit comme je t'aimais. Je t'appelais PucoLindo, P'tit Beau, et tu resteras pour toujours un petit Prince, un petit prince rêveur ... Tu as laissé tellement de choses derrière toi … tu m'as bouleversée quand je t'ai rencontré, tu m'as tellement donné envie de vivre, sans limites, sans toutes ces choses superflues qui tracassent les hommes.
Tous ces rêves que tu avais et que tu partageais, je ne peux pas les abandonner, c'était ton essence. J'ai toujours gardé cette carte du Chili que tu m'as donnée, elle est toujours dans mon portefeuille depuis... mais j'irai avec toi. Tu m'as appris à rêver sans limites, au-delà des hommes, tu m'as donné envie de vivre … à ta manière intelligente et sensible. Toutes les conneries que j'ai faites c'était avec toi, et je ne sais pas où tu pouvais t'arrêter. Tu me faisais peur parfois, et je n'ai pas pu te suivre partout.
Je ne peux pas te laisser partir. Ton souvenir en moi vivra et les rêves vivront, je t'emmènerai au Chili, je continuerai de rêver avec toi ...
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Le soleil a léché tes yeux |
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Thibaut, tu es mon grand frère et je suis heureuse d'avoir pu te rencontrer ces dernières années. Tu es quelqu'un de bien, profondément. Je te sentais étranger encore mais déjà tellement plus accessible. Je commençais tout juste à pouvoir te parler sans cette appréhension, te parler en tant que moi et rien d'autre et être acceptée. Me savoir écoutée de toi et l'inverse. On a traversé un bout de vie ensemble et je sais que tu savais pouvoir compter sur moi mais c'est de toi que tu avais besoin d'abord. Je sais que tu nous aimais, je sais que tu n'as pas voulu nous faire de mal mais que nous protéger n'était pas une raison suffisante pour vivre. Je crois en toi en ton talent même si tu nous as partagé peu de choses de ton écriture, chaque texte que tu m'as offert, chaque photo, je penseà la photo du cadavre de cheval dévoré par les vautours reçu à mon anniversaire de 13 ans, chaque bisous, chaque question est un cadeau. Tu nous écoutais parler de la vie avec curiosité, pour toi ça ne coulait pas de source. Je viens de passer une soirée qui t'aurait, qui t'a peut-être plue, entourée de feu, de chant, de la lune, magnifique, pleine, j'espère que tu l'as vue. Je ne veux pas que tu aies froid; peur, pars tranquille, tout suivra. Tu es profondément bien, le fils de nos parents, deux personnalités qui souffrent et te comprennent. Personnalités qui en ont forgé trois autres et lesquelles ? Pas un cadeau. Papa, Maman, Olivier, Anne-Sophie, François une autre structure s'ouvre à nous tâchons d'être à la hauteur, Thibaut est là, Thibaut est là. On l'aime et il nous aime à travers tout. Fixons bien dans notre mémoire sa petite tête pleine d'expression. |
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Thibaut était quelqu'un d'original, de spécial, je pense qu'aucun d'entre vous n'en doute… cette originalité le rendait différent. J'ai toujours aimé cette démarcation par rapport à la masse. Thibaut vivait plus parmi ses écrits que parmi les hommes pourtant nous adorions François et moi passer du temps avec ce frère un peu décalé ! Comme quand il est revenu du Guatemala avec des cheveux longs, décolorés par le soleil, je lui ai dit«tu es coiffé comme maman» il a absolument voulu que je lui coupe les cheveux tout de suite, ou quand il m'a dit c'est formidable de réparer les muscles de gens si je faisais kiné, ça c'est Thibaut, des lubies soudaines, déroutantes, amusantes. Comme son plaisir des beaux mots, il adorait découvrir des nouveaux dans mon dictionnaire médical. J'aimerais que nous retenions tout ça de Thibaut. Nous avons passé des moments inoubliables avec lui. Papa, Maman, ne vous remettez pas en question, vous n'auriez pas pu l'aider, il s'est juste trompé de planète peut-être l'a-t-il retrouvée maintenant cette planète des grands sensibles et des originaux. Je l'ai eu au téléphone, il n'y a pas longtemps, je lui ai dit qu'une petite vie grandissait en moi, je comprends son émotion aujourd'hui. C'est comme ça la vie: une qui s'en va, une qui revient. Il ne faut plus avoir mal aujourd'hui car Thibaut a choisi. |
Et voici l'orbe accompli
Et les dates clouées
Et les souvenirs vissés un à un autour d'un nom
Et le destin chevillé à une réponse inadmissible
Mais proférée quand même
Et voici la colère qui ne franchira pas
Et la prière qu'on ne sait par quel bout prendre
Et la démarche saccadée du frêle bonhomme timidité
Du si fragile jeune homme malaise
Qui me répétait inlassablement « c'est la merde Fred c'est la merde »
Et que je m'entêtais à vouloir détromper
A vouloir persuader du contraire
Et voici tous ces pollens qu'on prend à la légère
Qui reviennent comme une tonne peser sur chaque millimètre de la peau qu'on occupe Et voici tout autour le réel
L'indécence du réel avec quoi il faut composer
Et cette pression d'être
Et cette colique d'être
Et cette nécessité d'être
Et cette urgence d'être
Martelée de toute part
Voici les palabres du monde, l'âge venu du CQFD
Et le complot de ces marathoniens de l'aptitude, de la performance, du gain
Et ta pureté entretenue comme un feu bleue
Dans une société faite pour décevoir
Parce qu'elle ne vous demande rien d'autre que de produire un CV bien propre
Et voici la candeur menée de front
Et la poésie aussitôt dite aussitôt ravalée
Et les danses inscrites sans plus de révision possible
Et les cicatrices dont je ne saurai rien
Voici autant de mystères qui volent en éclat
Minuscules tessons équitablement distribués à une dernière cène in abstentia
Voici des mégots et des volutes pour seul héritage
Et voici l'échec et mat que tu m'as cette fois joué en un coup
Ta voix sapée ta voix prise au collet
Voici ta voix transfuge passée dans le camp des échos
Et l'air tantôt frais tantôt glacé de nos moments privilégiés et de nos guillemets
Quelques bulles de bons mots et de sourires en dessous
Laissés en pâtures aux meules du temps
Et voici d'une amitié amputée le membre le plus douloureusement invisible
La silhouette d'un enfant frémissant et fantomatique
Qui s'excusait presque de fondre
Là où il était persuadé que tant d'autres trouvaient leur idéal de confort
Et voici tout serré dans sa veste
Comme pris d'un galop nerveux
Un rêve éveillé qui nous tourne le dos
Et retourne à sa source
Thibaut est l'un des fils d'un tissu appelé famille.
Il est ce petit enfant que je tiens par la main au milieu de vastes prairies,
Ce neveu inconnu qui grandit au Maroc,
Un gamin en vacances à la campagne chez l'oncle Luc,
Puis un adolescent dont je ne sais rien ;
Enfin Thibaut est ce jeune homme revenu un week-end à la campagne chez ses cousins.
Il est le fil d'un tissu malmené, troué.
Il est le fil par lequel d'autres fils peuvent se nouer.
Il a écrit ceci :
« Enfin, le ciel se fit mauve et la mâchoire d'un tigre se dessina dans sa profondeur. Au fond de la dentition acérée, il lui sembla apercevoir, haut, très haut, le point d'où la pluie sortait. La pluie et le nid vacillant de ces éclairs. Sur son visage, l'eau dégoulinait. Pour chasser les cheveux de son front, il voulut y porter la main. Elle était devenue calcaire. C'était donc possible. Il se rendit compte qu'il avait même oublié de respirer une dernière fois.
Il se calfeutra dans l'épiderme de la roche, précautionneusement. Il s'accommoda tout entier de ce sommier rudimentaire. C'était pour toujours. C'était pour de bon. »
Diagonal Cinco
Par les pâles étés, lorsque là-haut les vents
Rien que dans le feuillage des grands arbres bruissent,
Il faut être couché dans les étangs, les fleuves
Comme les végétaux où les brochets demeurent.
Le corps dans l'eau devient léger. Lorsque le bras
Tombe légèrement dans le ciel hors de l'eau,
Comme oublieusement le petit vent le berce
Car sans doute il le prend pour un branchage brun.
Le ciel offre à midi un immense repos.
Fermez les yeux lorsque viennent les hirondelles.
La vase est chaude et quand montent les bulles fraîches
On sait: à travers nous un poisson a passé.
Mon corps, le bras, la cuisse qui repose, on est
Couché tranquillement dans l'eau, fondu en un.
Seulement quand les poissons frais passent sur nous
Je sens: le soleil brille au-dessus de la mare.
Quand vers le soir d'avoir été longtemps couché
On est si mou que tous les membres vous font mal,
Il faut, avec un floc, balancer tout cela
Sans égards, dans les fleuves bleus au fort courant.
Le mieux est jusque vers le soir de demeurer,
Car vient alors le soleil pâle au teint de squale,
Méchant, glouton, sur le fleuve et sur les buissons
Et sont les choses comme alors ça leur convient.
Il faut être bien sûr allongé sur le dos
Ainsi que d'habitude et se laisser porter.
Il ne faut pas nager, non, faire comme si
On était simplement de ces rocs dans le fleuve,
Regarder vers le ciel et se comporter comme
Un que porte une femme, et c'est tout à fait ça.
tout à fait sans bouger comme fait le bon Dieu
Quand vers le soir encore il flotte dans se fleuves.
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Notre Thibaut, c'est, bien sûr, notre Professeur Tournesol, éternel distrait, source inépuisable d'anecdotes qui nous rendent le sourire dans notre tristesse. Thibaut, Au revoir. |
Thibaut a posé un choix d'adulte. Je le respecte. Je le regrette aussi.
Pour nous les « anciens », les choix des jeunes que nous avons accompagnés ne sont pas toujours faciles à accepter : choix d'études, de professions, affectifs et autres. Thibaut a exercé sa Liberté ; nous n'avons pas à le juger.
Thibaut m'a fait vivre les moments les plus intenses de mon existence : j'ai souffert avec lui et sa famille, j'ai espéré, je me suis réjoui. Espoir et angoisse. Colères. Joie et bonheur. Toutes ses émotions m'ont embrasé. Aujourd'hui, il m'a fait découvrir une tristesse abyssale, une douleur comme jamais je n'aurais cru qu'elle soit possible. Grâce à lui, mon cœur s'est enrichi de toutes ces expériences. Comme « Blaireau », il m'a laissé des souvenirs et des expériences, toujours à ma disposition, qui me rendront le sourire … et des larmes, douces-amères comme celles du fado.
Thibaut m'a aussi fait cadeau d'une famille plus proche, sensible à mes émotions. Je l'en remercie.
Thibaut m'a ouvert à sa famille, ses parents et ses sœurs. Ils sont devenus plus que mes amis, une famille élargie. Je l'en remercie.
Thibaut nous a laissé ses écrits. A défaut de sa présence physique, il nous a laissé sa présence spirituelle.
Pour tous ces cadeaux, je l'en remercie … et sans doute il m'entend.
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Rêver un impossible rêve |
Pour ces deux derniers points du site, nous demandons de l'aide aux amis de Thibaut car nous sommes conscients qu'il y a beaucoup de lacunes.
Pourriez-vous envoyer vos contributions et remarques à l'adresse marc@binard.be.
Merci
| Anne-Sophie et Thibaut dans le jardin de la rue de Tanger à Taza | ![]() |
| Arrivé au col du Somport avec Claude (frère de Dominique) | ![]() |
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Hanna (D), Mathilde (F) et Thibaut (B)
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Cannon-Hill road, 68
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Ses poèmes ont paru :
Bookleg #20,
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Poèmes.
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Ce livre est disponible en librairie et peut aussi être commandé depuis les sites web des grands distributeurs. Il est même disponible depuis le Japon!
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| Différentes présentations du livre groupées avec celles de quatre autres auteurs liégois sont prévues: | |
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| Thibaut est également repris dans la liste des écrivains de l'Université de Liège |